“Ce n’est pas une image que je cherche. Ce n’est pas une idée. C’est une émotion qu’on veut recréer, c’est une émotion de désir, de don de destruction”. Louise Bourgeois.

louise bourgeois dans son atelier

La voici dans son atelier.

Cette semaine, Manue vous emmène à la découverte d’une artiste incontournable du 20ième siècle : Louise Bourgeois.

Artiste plasticienne contemporaine, connue, entre autre, pour ses araignées géantes, Louise Bourgeois a travaillé principalement sur les thèmes de l’universalité, des relations entre les êtres, de l’amour et de la frustration entre des amants ou les membres d’une même famille, ainsi que l’érotisme.

Découvrons ensemble, cette artiste pleine de malice, à travers quelques unes de ses œuvres emblématiques qui transcendent son histoire personnelle pour en faire un combat artistique.

Le combat artistique de toute une vie!

Si son nom ne vous est pas familier, ses œuvres, elles, sont mémorables!

C’est un coup de foudre qui remonte à un de mes premiers voyages à Londres en 1997.

C’est lors de ma première visite de la Tate Modern Gallery de Londres, que j’ai été foudroyée (et c’est un euphémisme) par une œuvre majestueuse et des plus imposantes de Louise Bourgeois trônant dans le hall.

« Maman” a été le début de ma fascination, pour cette artiste et son travail, et cela ne s’est jamais tari tout au long de ces années…Voilà une artiste que j’aurai  souhaité rencontrer si j’en avais eu l’opportunité!!

Cette première partie retrace les débuts de sa carrière à partir de plusieurs œuvres, moins connues et pourtant essentielles à la compréhension de toute la complexité du travail de cette artiste .

louise_bourgeois et "eye to eye" 1970
Louise Bourgeois et la sculpture « eye to eye”

Louise Bourgeois, la dame indigne :

Louise Bourgeois (1911-2010), artiste française naturalisée américaine, passe l’essentiel de sa carrière à New York où elle s’installe en 1938 après avoir épousé l’historien d’art américain, Robert Goldwater.

Son travail sera reconnu les dernières années de sa vie et influencera fortement toute une génération d’artiste.

Artiste majeure de la moitié du 20ième siècle et du début du 21ième, elle échappe à toute classification artistique et se meut entre la géométrie abstraite et la réalité organique.

Utilisant tous les matériaux et toutes les formes avec une logique subjective basée sur la mémoire et l’émotion, elle mettra en exergue ses souvenirs d’enfance tout au long de sa carrière.

Louise Bourgeois met au service de son art un langage personnel et autobiographique. Ceux-ci donnent à son travail une portée émotionnelle et laissera une empreinte indélébile dans l’histoire de l’art contemporain.

A ceux qui perçoivent (ou réduisent) son travail comme féministe, elle répond non sans humour, qu’elle n’est pas féministe mais qu’elle « utilise des matériaux habituellement réservés aux hommes, et mieux que les hommes….”

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Louise Bourgeois, “Banquet”

Le dessein d’une résilience ou “la pensée plume” :

Moins connue pour ses dessins que pour ses sculptures, le dessin reste une constante et un fil conducteur dans son travail artistique.

Louise Bourgeois passe son enfance à Choisy-le-Roi, où ses parents tiennent un atelier de restauration de tapisseries anciennes. À partir de onze ans, Louise est associée au travail de dessin des motifs. Le fil qui restaure sera métaphoriquement assimilé au trait dans ses dessins.

"Louise Bourgeois: Retrospective" Centre Georges Pompidou, Paris, France (3/5/08-6/2/08)
Rétrospective Louise Bourgeois au centre Pompidou

Comme le souligne Marie-Laure Bernadac, dans son ouvrage : “Louise Bourgeois, La création contemporaine” (Flammarion, 2006, première édition, 1995), les premiers dessins automatiques sont associés aux scènes primitives de l’enfance, de la naissance et de la maternité.

Qu’elles soient peintes, dessinées ou gravées, Louise Bourgeois considère ses dessins comme des idées visuelles pris au vol, qu’elle fixe sur des supports de toutes sortes. Véritables carnets intimes, elle y note ses “pensée plumes”, qui dans certain cas, donnent naissance à ses fabuleuses sculptures.

Capture_Louise Bourgeois
« A l’enfant » et « Janus fleuri » de Louise Bourgeois

Ses dessins sont le moyen de faire le tri dans les souvenirs complexes de son passé, qui ressurgissent sous l’effet d’émotions intenses.

L’un des thèmes récurrents, (que ce soit dans sa peinture, ses dessins de la fin des années 40, dans ses sculptures réalisées dans les années 80 ou encore ses installations des années 90) est celui de la “femme-maison” à travers une série nommée les “Cells” (cellules).

Femme-Maison louise bourgeois « Femme-maison » Louise Bourgeois

Elle développe son goût pour la rencontre entre des éléments impertinents, en créant des corps de femmes se terminant par des maisons.

Louise Bourgeois y décortique le noyau de son inspiration, au delà de la revendication féministe, du poids écrasant de la maison dans la vie d’une femme au foyer (comme pourrait le faire faussement croire les titres de ses œuvres). la maison est à la fois sa boite de Pandore et le réceptacle de ses souvenirs d’enfance enfouis.

Femme-maison, 1946-1947 Huile et encre sur toile de lin, 91,50 x 35,50 cm Femme-maison, 1946-1947

 

La métamorphose :

Ce n’est qu’en 1947 qu’elle donne une autre dimension à son travail, au travers du thème de la fragilité, de la verticalité, liée à la peur de la chute qui deviendra l’art de la chute dans ses sculptures.

FRAGILITES Louise Bourgeois Fragilités

C’est avec ses figures totémiques en bois qu’elle appellera plus tard “personnages”, qu’elle exprime la fragilité de la verticalité qui, comme elle le dit elle même, “représente l’effet surhumain de se tenir debout”.

Ces silhouettes, hautes, minces, sculptées à la lame de rasoir et réalisées dans du bois de séquoia, sont sans tête, sans bras, et en couleur car pour cette artiste “ la couleur est plus forte que le langage.”

vue-des-oeuvres-de-la-serie-des-personnages-et-foret-night-garden-de-louise-bourgeois « Personnages »

 

Louise Bourgeois conçoit dès le début les sculptures comme ayant une relation entre elles et leur environnement.

Les monolithes ouvrent un champ spatial et psychologique d’attraction et de répulsion. Sans socle les personnages étaient conçus pour être enfoncés dans le sol, elle abandonnera le principe, dû aux contraintes de sa galerie, et les posera sur des socles par la suite.

C’est en 1960, qu’elle utilise des matériaux moins rigides que le bois et opère une transformation de son champ de travail.

Des matériaux comme le plâtre liquide et le latex lui permettent de concevoir des sculptures biomorphiques, ou des œuvres avec des parties de corps qui leur donnent une dimension érotique.

Non seulement Louise Bourgeois joue avec le contraste entre les formes, les couleurs, les matières et la symbolique, mais ajoute une pointe d’ironie dans les titres qu’elle leur donne.

Le plus bel exemple est la sculpture “Fillette” avec laquelle elle se fait prendre en photo par Robert Mapplethorpe, où elle porte sous le bras un pénis avec un regard malicieux. “Fillette” devient l’image emblématique de son travail pour le grand public.

mapplethorpe-louise-bourgeois Louise Bourgeois et  » Fillette » par Robert Mapplethorpe

Les fragments de corps, seins, pénis, qui reviennent sans cesse dans ses œuvres brouillent les frontières entre les identités, les genres et les choses et donne une dimension proche de la psychanalyse.

De cette ambiguïté plastique, naît la transformation d’une forme à une autre et d’un sens à l’autre.

Cette métamorphose perpétuelle des formes et des sens reflète les oppositions sexuelles et accentue la connotation érotique de son travail.

C’est la même année qu’elle réalise une série d’œuvres suspendues avec des parties de corps humain ayant une dimension érotique.

Il s’agit de quatre sculptures phalliques nommés “Janus”, dont l’une d’elle “Janus fleuri” fait référence à la divinité antique Janus, dieu au double visage, l’un tourné vers le passé et l’autre vers le futur.

Janus_Louise Bourgeois Série “Janus”

«Janus fait référence à la polarité qui nous habite (…) la polarité dont je fais référence est une pulsion vers la violence extrême et la révolte (…) et le retrait», écrit l’artiste qui y voit aussi «un double masque facial, deux seins, deux genoux».

“Janus fleuri” brouille  les limites et l’identité des choses. L’œuvre, en bronze, représente deux pénis flasques réunis par un élément central informe qui évoque la fente et la toison féminine.

Elle réunit le masculin et le féminin dans cette œuvre à deux visages.

janus fleuri- louise bourgeois « Janus fleuri »

Dans les années soixante, Louise Bourgeois multiplie les expérimentations sur les formes et les matériaux tels que le plâtre, le latex, le caoutchouc, le bronze et le marbre, pour sa résistance et l’illusion de la douceur de la peau.

Avec l’œuvre appelée “Cumul I”, elle accentue le changement perpétuel de la forme où plus rien ne semble tenir en place. En faisant référence aux nuages (le cumulus élément changeant pas excellence).

Louise Bourgeois, Cumul I, marbre blanc et bois, 1969 « Cumul I »

 

La multitude des formes rondes et blanches aux nombreux plis, font non seulement référence aux seins ou au sexe masculin, mais pourrait aussi évoquer la tête de Sainte-Thérèse, dont le visage émerge d’un voile qui se perd dans les plis de la sculpture du Bernin à Rome (Bernin (1598-1680),  grand sculpteur baroque qui a impressionné Louise Bourgeois).

Avec“Cumul I”, elle préfigure  l’impressionnante installation en latex “The destruction of the Father” de 1974.

destruction of the father_Louise Bourgeois « Destruction of the father » 1974

La métamorphose repose, non seulement sur le jeu entre la forme et le sens, mais aussi sur les articulations entre les différents éléments, pour donner un sens nouveau et inattendu. Cela lui permet de mettre en forme ses peurs, ses refoulements et ses affects, elle opère une catharsis.

Pour Louise Bourgeois “L’art est une garantie de santé mentale” (Phrase écrite sur l’œuvre “Precious liquids”)

« Etant donné que les peurs du passé étaient liées à des peurs physiques, elles ressurgissent dans le corps. Pour moi la sculpture est le corps. Mon corps est la sculpture », affirme-t-elle.

 

precious Liquids 1992 Bois de cèdre, fer, eau, verre, albâtre, tissu, coussins brodés, vêtement, 427 x 442 cm « Precious liquids »

 

precious liquid_Louise Bourgeois « Precious liquids »

Comme on a pu le voir dans cette première partie d’article consacré à Louise Bourgeois, son approche artistique est complexe, multiforme et joue sur le sens. En transcendant son vécu à travers l’art, elle a donné un sens profond à sa vie. Louise Bourgeois a opéré sa résilience avec ironie, malice, une créativité extraordinaire et sans tabou. En puisant dans ses souvenirs et ses émotions elle trouvait l’énergie qui a fait de sa révolte un art! C’est pour moi la meilleure définition et l’essence même du mot artiste!

La deuxième partie de cet article sera consacrée aux œuvres et installations monumentales, qui ont fait sa renommée internationale et qui repoussent les limites de son combat artistique.

A bientôt,

Manue

 

A voir!

Fresque au centre Pompidou

 

Sources : wikipédia.fr, mediation.centrepompidou.fr, slate.fr

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