peinture aborigène Photo extraite du livre “Civilisations des arts premiers”.

L’art aborigène est l’art le plus ancien connu à ce jour,
il remonte à plus de 40 000 ans, soit 2 fois plus anciens que Lascaux.

tribue-aborigèneLes aborigènes continuent à employer les mêmes symboles que leurs ancêtres, leur tradition picturale ne s’est jamais arrêtée ! (comme si nos ancêtres de Lascaux avaient réussi à nous transmettre leur spiritualité, leur art, leur savoir-faire directement et sans interruption !).

A cette époque la civilisation aborigène ignore l’écriture. Le savoir y est transmis par le biais de la parole (chants) et de peintures rituelles réalisées à des fins d’initiation.

Photo extraite du livre “Civilisations des arts premiers”.

peinture aborigène rupestre
Les artistes aborigènes représentent des peintures qui intègrent l’évocation  du souvenir du “Temps du Rêve” ou « Dreamtime », une manière pour eux de perpétuer les connaissances transmises par leurs ancêtre mais également de continuer à les faire vivre.

 

Photo par raguy – Nord de l’Australie

Le Dreamtime ou Temps du Rêve :

« Dreamtime » désigne à la fois les êtres éternels (ancêtres totémiques), les récits mythiques de leur voyage et l’espace temps où ces actions se déroulent, c’est le temps sacré qui a initié la vie dans le monde. C’est comme un espace temps parallèle au notre (le temps profane) et cet espace temps « sacré », ils peuvent le contacter quand ils sont dans les endroits sacrés, lors de cérémonie ou quand ils peignent.

Le Dreamtime continue à nourrir le temps profane (notre temps) et reste en lien avec lui, à l’inverse s’il disparaissait il n’y aurait plus de vie sur terre.

peinture aborigène

Les mythes :

Le Dreamtime est aussi un réservoir de mythes comme celui des Arandas (histoire en bas de page) qui explique bien la base de leur croyance.

peinture aborigène serpent arc-en-cielCes mythes racontent que la terre à l’origine n’était qu’une grosse masse informe : sans couleurs, sans lumière, sans rien, ni mort/ni vie. Et de cette masse informe sont sortis des êtres surnaturels nommés  « les grands ancêtres » par les aborigènes.

Ces êtres étaient de natures indéterminée, à la fois animaux, végétaux, humain et même éléments naturels comme la pluie, le vent (ils portaient d’ailleurs des noms d’animaux et de plantes : exemple le serpent arc-en-ciel).

Lorsque les ancêtres ont vu ce monde si triste ils ont désiré qu’il soit beau et ont commencé à le parcourir de toute part en chantant ce qu’ils désiraient qu’il soit (ils ont désiré et chanté le relief, l’eau, les lacs, les rivières, les étoiles…) et de leurs chants naissaient le paysage et tout ce qui existe. De toutes les aventures des grand ancêtres, sont nés des histoires que les aborigènes continuent à chanter, à peindre, à danser…

 

 Les aborigènes d’Australie peignent pour faire vivre le monde…

aborigènePhoto extraite du livre “Civilisations des arts premiers”.

 

Les grands ancêtres, lorsqu’ils ont parcouru la terre, ont créé des itinéraires qu’ils ont décrit par les chants. C’est pourquoi les aborigènes, aujourd’hui, lisent la terre comme un livre en interprétant les traits du paysage comme des traces vivantes d’êtres fantastiques.

Les peintures représentent donc des cartes stylisées vue du ciel !

 

peinture aborigène

C’est donc un devoir pour eux de peindre et repeindre les itinéraires des grands ancêtres afin de réactualiser leur action de création du monde, pour qu’ainsi, leur monde sacré et le notre reste lié car, sans cela le monde dépérirait et s’éteindrait en redevenant une terre morte comme à son début. Cette répétition entretient la vie.

peinture aborigène

La peinture aborigène et sa symbolique :

Nous disions donc précédemment que, la plupart du temps, les peintures représentent des cartes stylisées vue du ciel et que toutes font références au Dreamtime. Chaque aborigène à la charge d’honorer par la peinture (le chant, la danse, les cérémonies) une portion de territoire, de segment d’itinéraire et de chant. On la retrouve de manières différentes :

peinture aborigène rupestre 

Les peintures rupestres :

Ces dessins étaient autrefois réalisés sur du sable ou sur les parois des grottes. On trouve les peintures rupestres d’Australie dans le nord de cette immense île-continent (Région des Kimberleys et Terre d’Arnhem). Elles représentent les acteurs du Temps du Rêve que la peinture sur toile reprendra.

 Photo par raguy – Nord de l’Australie

 

 

Les peintures sur sol :

Ephémères, elles sont toujours réalisées à l’occasion de grands rassemblements rituels qui réunissent les aborigènes « gardiens » de Rêves spécifiques.

peinture de sol aborigène Photo extraite du site su-asti-gil.over-blog.com

Ces compositions sur le sol peuvent s’étendre sur près d’un hectare. Sur un terrain préparé, elles associent aux pigments naturels, principalement des ocres, et au charbon, des plumes et des éléments végétaux. Les motifs sont fixés en enfonçant les doigts dans le sable technique qui est à l’origine de celle du pointillisme. C’est pourquoi la peinture aborigène a une dimension tactile, art du toucher et de la matière.

 

fresque de sable aborigène Photo extraite du site su-asti-gil.over-blog.com

 

 

 

Les peintures sur écorce :

La technique date du début du 20 ème siècle. Elle s’est développée dans les régions boisées du Nord de l’Australie. Les motifs sont variés faisant toujours référence au Dreamtime.

 peinture aborigène

 peinture aborigène(1)

peinture aborigène(2)

peinture aborigène

(3)

…1-2-3 – Photos extraite du livre “Civilisations des arts premiers”.

La peinture sur toile :

Héritière des peintures rupestres, sur sol et sur écorce, la peinture sur toile en reprend les symboles. Elle apparaît dans les années 70 (centre de l’Australie) à l’initiative d’un projet éducatif venant d’un professeur de dessin établi dans un camps (camps du gouvernement ayant pour programme de renier tous les droits des Aborigènes et d’en faire de bons petits blancs).
Les fresques peintent (Honey Ant Dreaming =Rêve de la fourmi à miel) par des adolescents, suscitèrent vite l’intérêt chez les adultes qui voulurent à leur tour retrouver, préserver et transmettre leur patrimoine artistique et culturel menacé, en peignant d’abord sur du carton, puis sur toile (le gouvernement détruisit le mur de la fresque mais son impact sur la communauté était profond et avait embrayé quelque chose de puissant). Le Dreamtime est, évidemment, au centre de ces créations sur toile.

de Ningura NAPURRULA -2008-peinture aborigène

Toile de Ningura NAPURRULA –2008

Ningura NAPURRULA-2005-peinture aborigèneToile de Ningura NAPURRULA –2005

Walangkurra Napanangka-2007-peinture aborigèneToile de Walangkurra Napanangka –2007

Lilly Sandover KNGWARREYE--1999-peinture aborigèneToile de Lilly Sandover KNGWARREYE -1999

Peintures contemporaines. Photos extraite du site “artsdaustralie.com”.

 

Symbolique :

Le fond de la toile est souvent ocre, marron ou noir, il représente le sol.

Chaque symbole, comme le U, le trait, ou bien encore le cercle, renvoie à une codification esthétique précise, leur signification est propre à chaque tribu, à chaque peintre et même à chaque histoire racontée. Certains signes ont même des significations cachées qui ne peuvent être dévoilées qu’avec l’accord de son gardien-dépositaire.

Cependant certains signes courants ont des valeurs à peu près communes.
Ils figurent les campements, points d’eau ou grottes, les chemins, des personnages, des traces d’animaux ( rarement les animaux eux-mêmes), les plantes et les astres, l’espace entre chacun d’eux est comblé par des points ou bandes de couleurs.

peinture aborigène

La représentation des motifs et des thèmes perçus du haut (du ciel) permet de découvrir la peinture sous plusieurs points de vue. La vision aborigène peut ainsi mêler premier-plan et arrière-plan (terre, mer et ciel, ordres humain, naturel et cosmique).

PLANCHE-SYMBOLE-ABORIGENE Cette planche ne contient que quelques symboles récurrents.

Le fait qu’il n’y ait pas de signature au bas d’une peinture aborigène est un détail révélateur des liens à l’intérieur du groupe. Une histoire décrite sur toile appartient à une partie d’une tribu et non pas à un individu.

Malgré toutes les souffrances et la discrimination rencontrées par le peuple aborigène, celui-ci a réussi à maintenir son savoir ancestral et à maintenir le Dreamtime.

L’expression artistique aborigène ne s’arrête pas à la peinture (gouache, acrylique, ocre…), mais s’étend à la sculpture sur bois, la peinture sur soie, le batik, la poterie, le tissage…

Que pensez-vous de ces peintures faites principalement de symboles et de points? Ne trouvez-vous pas de petites ressemblances avec d’autres articles présents sur ce site?
N’hésitez pas à partager votre ressenti !

 

 

 

 

Mythes des Arandas (Extrait du site http://tecfa.unige.ch)

Pour les Arandas, la terre, au commencement, était semblable à une plaine aride, sans collines ni fleuves, plongées dans une obscurité éternelle. Le soleil, la lune et les étoiles étaient encore en sommeil, sous la terre.

Il n’y avait ni plantes, ni animaux, mais seulement des masses semi-embryonnaires d’enfants à moitié développés, gisant à l’abandon, aux emplacements où se situeraient plus tard, des lacs salés ou des points d’eau. Ces bébés informes ne pouvaient pas devenir hommes ou femmes, mais ils ne pouvaient pas non plus vieillir ni mourir.

En fait, ni la vie ni la mort n’étaient connues sur terre. La vie n’existait déjà réellement que sous terre, sous la forme de milliers d’êtres surnaturels encrées, qui avaient existés de toute éternité ; mais même eux restaient encore plongés dans un sommeil éternel.

Enfin, ces êtres surnaturels sortirent de leur sommeil et franchirent la surface du sol. Leurs lieux de naissance furent imprégnés de leur vie et de leur puissance. Lorsque le soleil surgit à son tour, la terre fut inondée de lumière.

Les Etres surnaturels, qui avaient été enfantés par leur propre éternité, présentaient des formes et des apparences variées. Certains se présentèrent sous l’aspect d’animaux : kangourous ou émeus ; d’autres furent des hommes et des femmes aux formes parfaites. Chez la plupart de ces êtres surnaturels, il y avait un lien extrêmement étroit entre les éléments animaux ou végétaux, d’une part, et les éléments humains, d’autre part. Par exemple, les êtres surnaturels zoomorphes pensaient et agissaient d’ordinaire en humain ; réciproquement, les êtres anthropomorphes pouvaient se métamorphoser à volonté en animal auquel ils étaient indissolublement liés.

Ces Etres surnaturels que l’on appelle « ancêtres totémiques », se mirent à parcourir la surface de la terre, donnant au paysage de l’Australie centrale son aspect actuel.

Certains d’entres eux jouèrent le rôle de héros civilisateurs. Ils découpèrent la masse que constituait alors l’humanité de façon à en dégager des individus, encore à l’état d’embryons ; puis ils coupèrent les ligaments joignant leurs doigts de mains et de pieds et leur ouvrirent les oreilles, les yeux et la bouche. D’autres héros civilisateurs apprirent aux hommes à fabriquer des outils, à allumer le feu et à cuire les aliments.

Lorsque tous ces êtres surnaturels nés de la terre eurent terminé leurs travaux et achevé leurs pérégrinations, une lassitude insurmontable s’empara d’eux. Les travaux qu’ils avaient accomplis avaient complètement épuisé leurs forces. Ils retombèrent donc dans leur sommeil d’origine, et leur corps soit disparurent dans le sol, soit se métamorphosèrent en rochers ou en arbres.

Comme leurs lieux de naissance, les lieux de leur disparition furent considérés comme sacrés, et ils portèrent le même nom,  « pmara kututa ». Seuls les initiés peuvent approcher de ces deux sortes de pmara kututa, et encore uniquement lors de cérémonies particulières.

Le reste du temps, il faut s’en tenir écarté sous peine de mort.

 

> Pour voir plus d’œuvres d’artistes contemporains

Sources :

http://www.brigitteca.com/art.htm
http://www.lousonna.ch/dossier/hommes/iaborigenes.html
http://nezumi.dumousseau.free.fr/austrar2.htm
http://www.youtube.com/watch?v=lovjawnvRio
Livre “civilisations des arts premiers” . Ed. place des victoires
Quaie Branly

6 thoughts on “Les aborigènes d’Australie peignent pour faire vivre le monde…

  1. la peinture sur sable me fait penser aux mandalas tibetainS, non?une telle richesse et une telle poésie à heureusement échappée au pire!!

  2. Leurs peintures corporelles sont également fantastiques.
    J’attends impatiemment un article qui parlent de ces décorations temporaires… 🙂

  3. Manue : Oui tu as tout à fait raison. Le mandala est d’origine indo-tibétaine, il est symbole d’unité, de totalité et de perfection. Depuis l’origine de la vie humaine et dans toute les cultures le cercle a été employé pour représenter l’ordre universel ainsi que les puissances divines c’est pourquoi on le retrouve également dans l’art aborigène.

    Fabienne : Nous allons y penser, bonne suggestion toutefois ! Merci pour la boite à idées 😉

  4. Très touchant témoignage de la dame aborigène dont le souhait est d’ouvrir sa culture aux autres. Est-il possible d’entrer en contact avec elle ?

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